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Sergueï Lavrov, le penseur-étoile de Vladimir Poutine – Jeune Afrique

Politicien madré, le ministre russe des Affaires étrangères est le visage de l’offensive de Moscou en Afrique, où la Russie surfe sur le sentiment anti-occidental. Portrait d’un vétéran de la scène diplomatique mondiale.

Dans la fraîcheur de la capitale russe, où les températures ne dépassent que rarement les 5 degrés au mois de mars, la Sœur de Moscou se dresse dans le ciel brumeux. Le gratte-ciel stalinien, l’un des sept construits sur ordre de l’ancien dirigeant soviétique pour défier le monde occidental, compte vingt-sept étages, vingt-huit ascenseurs et 2 000 bureaux. Siège de la diplomatie de l’URSS puis de la Fédération de Russie depuis 1953, l’édifice domine de sa masse sculptée la place de Smolensk et, à deux cents mètres à l’Ouest, la Moskova, qui serpente à travers la capitale. Il est le fief incontesté d’un homme : Sergueï Viktorovitch Lavrov.
En ce mois de mars 2017, un rendez-vous ouest-africain est inscrit à l’agenda du ministre des Affaires étrangères. La Russie a décidé de faire de l’Afrique un nouvel espace de conquête. Une nouvelle sphère d’influence. Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov lorgnent le Soudan et la Centrafrique, bien sûr, mais aussi les pays sahéliens. Chez ces derniers, la situation sécuritaire s’est aggravée, sous la double impulsion d’Al Qaïda et, plus récemment, de l’État islamique. Le sentiment anti-occidental, particulièrement dirigé contre l’ancienne puissance tutélaire française, y a créé un terreau fertile. 

Depuis qu’il a pris ses fonctions, en 2004, Sergueï Lavrov n’a qu’une idée en tête : replacer la Russie sur l’échiquier africain. Avant son déclin, l’Union soviétique a été l’un des principaux soutiens des mouvements indépendantistes face aux puissances coloniales. Place de Smolensk, à l’entrée de son ministère, ses pions sont fin prêts pour accueillir l’invité du jour : Ibrahim Yacouba, son homologue nigérien. Le diplomate moscovite déteste les retards autant qu’il aime l’ordre. Chaque matin, lorsqu’il n’est pas en déplacement à l’étranger, il est parmi les premiers à franchir les portes du bâtiment. Ses collaborateurs sont ponctuels, comme les journalistes autorisés à le suivre. Certains se sont habitués au regard du ministre, scrutant leurs rangs tel un général à la recherche d’un uniforme mal sanglé. D’autres, se souvenant avoir fermé l’œil lors d’une conférence traînant en longueur, le craignent encore. 
« Tu es mon ami maintenant »


Mathieu Olivier
2021-12-16 15:16:15

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