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pourquoi le combat Ngannou-Gane est un événement poids lourd pour le sport français



Ciryl Gane peut devenir le premier Français champion « incontesté » à l’UFC s’il bat le Camerounais Francis Ngannou le 22 janvier à Anaheim (Californie). Un rendez-vous qui représente beaucoup pour les sports de combat français et même le sport tricolore de façon globale. Et qui peut faire beaucoup pour la notoriété de « Bon Gamin » dans son pays comme ailleurs, mais aussi pour le développement du MMA en France.On y est presque. Près de trente ans après la création de l’UFC en novembre 1993, le MMA français va enfin voir un de ses représentants combattre pour un titre undisputed (incontesté) de la plus grande organisation au monde dans la discipline. Déjà détenteur de la ceinture intérimaire, le Français Ciryl Gane relève le défi du surpuissant Camerounais Francis Ngannou le 22 janvier en Californie pour la couronne des lourds de l’UFC et le titre de baddest man on the planet (homme le plus dangereux de la planète). Un choc énorme au storytelling génial entre deux hommes venus au MMA dans la même salle, le MMA Factory à Paris, et avec le même coach, Fernand Lopez. Et un événement poids lourd pour le sport tricolore.C’est simple: il n’y en a peut-être jamais eu un aussi important dans les sports de combat en France. A titre de comparaison, et sans être exhaustif, on pourrait citer le championnat du monde des lourds de juillet 1921 entre Georges Carpentier – premier Français titré à l’échelle planétaire en boxe, qui détenait alors la couronne des mi-lourds – et Jack Dempsey. Toujours en boxe, on peut également évoquer le championnat du monde des moyens entre Marcel Cerdan (champion en titre depuis sa victoire sur Tony Zale dans le « combat de l’année » 1948 du magazine The Ring) et Jake La Motta en juin 1949 ou les deux championnats du monde des moyens entre Jean-Claude Bouttier et Carlos Monzon en juin 1972 et septembre 1973.Plus proche de nous, on n’oublie pas Jean-Marc Mormeck et son championnat du monde unifié WBC-WBA-IBF des lourds légers contre O’Neil Bell au Madison Square Garden en janvier 2006 ou son championnat du monde unifié WBA-IBF-WBO des lourds contre le légendaire Wladimir Klitschko en mars 2012. Et en kickboxing, impossible de ne pas faire un clin d’œil à Jérôme Le Banner et son choc dantesque – fracture de l’avant-bras pendant le combat – contre le mythique Néerlandais Ernesto Hoost en finale du World Grand Prix K1 en 2002. Mais quand on prend du recul, la montagne qui se présente devant Gane est encore plus haute (et belle).En constante progression sur la popularité ces derniers temps, avec encore 40% de plus de fans sur la seule année 2021, l’UFC est aujourd’hui la plus prestigieuse organisation dans les sports de combat, où l’intérêt pour la boxe a été dilué dans une multiplication trop large des titres, et connaît un suivi très important dans de nombreux pays comme le Brésil ou la Russie. Combattre pour sa ceinture des lourds, devant les yeux du monde et en pay-per-view aux Etats-Unis, est donc bel et bien unique en son genre. Question de portée. »Très concrètement, dans les sports de combat, il n’y a jamais eu une telle équivalence, confirme Taylor Lapilus, combattant de MMA français passé par l’UFC et consultant pour RMC Sport et le RMC Fighter Club. Il faut vraiment faire la différence entre l’aura nationale, qui est déjà bien, et l’aura internationale. Là, Ciryl sera connu à travers le monde par tous les pratiquants d’arts martiaux. Dans certains pays, ce sport est une religion. Et quand on voit le nombre de spectateurs, tous les gens qui regardent l’UFC, quand on sait que c’est une organisation tellement forte qu’on arrive à confondre le MMA avec l’UFC… Être champion dans cette organisation-là, pour moi, on n’a pas eu d’équivalence en France. » »Je considère ça comme les JO du MMA, avance Fernand Lopez, ancien coach de Ngannou et actuel coach de Gane, dont la trajectoire est au cœur de la narration autour de ce combat. C’est le stade le plus élevé de la compétition dans cette discipline. On est sur l’équivalent d’une finale de Coupe du monde de foot. Le plus gros évènement qu’on puisse avoir sur la planète des sports de combat. » Cerise sur le gâteau de l’intensité pour le sport français, le destin mêlé de Ngannou et Gane via le MMA Factory et Fernand Lopez met l’accent sur une rivalité qui a vu ses deux protagonistes naître à cette discipline dans une petite salle parisienne afin de se retrouver pour sa ceinture la plus prestigieuse sous les lumières d’une arène californienne.La décision de l’UFC de ne pas organiser cet événement à Paris, alors que tout était écrit pour, et de forcer les fans français à se lever très tôt un dimanche matin pour le voir permet d’ailleurs de mieux comprendre sa portée internationale. En cas de victoire, Ciryl Gane pourrait ainsi basculer dans une autre dimension. Passé en quelques mois de quelques milliers d’abonnés Instagram à plus de 400.000, « Bon Gamin » monterait sans doute d’un coup sur le podium – hors foot, bien sûr – des sportifs français les plus connus à travers la planète. Un mouvement déjà entamé, surtout au-delà de nos frontières où le MMA reste encore trop balbutiant. »Aujourd’hui, on ne me reconnaît pas qu’en France, explique le détenteur de la ceinture de champion intérimaire des lourds. La dernière fois que j’étais à New York pour accompagner un ami de la salle pour son combat, je me baladais dans les rues en civil et les gens me reconnaissaient. C’était fou. » « Il est déjà bien plus connu dans le monde qu’en France, appuie son coach. L’UFC touche quasiment 1,5 milliard de foyers dans le monde. C’est juste énorme. Quand je me balade avec Ciryl à Paris, on est moins stoppé que quand on le fait à Houston, Las Vegas ou même en Corée. Avec Ciryl, on a un Français immensément connu à travers la planète, en tout cas sur la niche des sports de combat. »Le succès, seule chose qu’il a connue pour l’instant dans sa carrière sportive à haut niveau en muay-thaï puis en MMA, lui ouvrirait la porte vers une possible revanche ou un ultra lucratif combat contre la superstar Jon Jones, ancien champion dominant des lourds-légers de l’UFC qui compte monter chez les lourds pour ajouter une deuxième ceinture à son palmarès. Il changerait l’aura de Gane, à coup sûr, mais pas forcément l’homme, qui a déjà tant montré son détachement naturel face à ce genre de considérations. »Si je gagne, soyons honnête, c’est un événement qui va changer ma vie, reconnaît-il dans un sourire. Je ne dis pas que je vais changer parce que j’ai plus d’argent ou autre statut car je pense rester la même. Mais on aura accompli quelque chose de grand. Cela s’ajoutera à notre CV, à moi, à Fernand, à la France et aux combattants français. On pourra dire qu’un mec a déjà eu la ceinture de champion du monde UFC dans une catégorie. Que c’est quelque chose de possible pour les Français aussi, alors que ce n’était même pas un sport légalisé ici il y a deux ans. Le grand public français ne connaissait même pas ce sport. Mais aujourd’hui, le MMA est une discipline très médiatisée qui arrive vraiment dans la face des gens et devient inévitable. Si j’y arrive là, on aura concrétisé quelque chose dans un bon timing. »Renforcée par sa trajectoire façon ouragan, alors qu’il a commencé ce sport chez les professionnels il y a moins de trois ans et demi, sa notoriété peut exploser en même temps que son compte en banque. Son éventuel triomphe pourrait aussi porter cette discipline trop longtemps vilipendée en France vers les sommets mais qui voit ses pratiquants se multiplier depuis la légalisation du printemps 2020. Face à Francis Ngannou, Ciryl Gane joue gros sur le plan sportif. Mais pas que. Et tout le MMA tricolore avec lui.

2022-01-10 18:29:35

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