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Les crevettes du « martyr » Bolsonaro


Le président brésilien Jair Bolsonaro, lors d’une conférence de presse organisée depuis l’hôpital Vila Nova Star, à Sao Paulo, le 5 janvier 2022. MARCELO CHELLO / AP « Des crevettes non mâchées », voilà la cause de l’occlusion intestinale de Jair Bolsonaro, expliquée très sérieusement par son chirurgien, Antonio Luiz Macedo, mercredi 5 janvier à la presse. Le médecin a ensuite détaillé les mesures préventives auxquelles le président doit se soumettre pour éviter une nouvelle occlusion : bien mâcher, suivre une diète et marcher après les repas. Jair Bolsonaro, qui avait été hospitalisé en urgence dimanche soir à São Paulo, est donc rentré mercredi à Brasilia sans subir d’opération. C’est la septième fois que le chef de l’Etat brésilien, âgé de 66 ans, est hospitalisé pour des complications intestinales depuis l’attentat au couteau auquel il a réchappé pendant la campagne présidentielle de 2018. Les Brésiliens sont désormais habitués aux séjours à l’hôpital de leur président, toujours abondamment commentés et relayés par son entourage. Jair Bolsonaro aime poser le pouce levé, dans son lit, une perfusion au bras. Seul le pyjama permet de différencier les séjours et les années. La photo est immédiatement reprise sur les réseaux sociaux de ses fils, ministres et partisans, accompagnée de prières pour son rétablissement. On rappelle à chaque fois, non pas les crevettes ou autres abus alimentaires, mais le « sacrifice du président » qui a failli perdre sa vie pour gouverner le pays. Lire aussi Article réservé à nos abonnés La gestion « criminelle » de la pandémie de Jair Bolsonaro au Brésil « Jair Bolsonaro a toujours exploité l’image du martyr après cet attentat, et ce jusqu’à aujourd’hui, relève Christian Lynch, professeur en sciences politiques à l’université de l’Etat de Rio de Janeiro. Il présente son agresseur comme un homme manipulé par la gauche, alors que la justice a conclu à deux reprises qu’il était déséquilibré et avait agi seul. » Mercredi 5 janvier, depuis l’hôpital, le président a de nouveau dénigré les conclusions de l’enquête menée par la police fédérale, se disant persuadé qu’« un jour, nous allons trouver quelqu’un d’important derrière cette attaque ». En novembre 2021, la police a obtenu auprès de la justice une réouverture de l’enquête, et elle vient de nommer, cette semaine, un nouvel enquêteur pour élucider si l’auteur de l’attaque, Adelio Bispo de Oliveira, a bénéficié d’un soutien quelconque, comme le prétend l’exécutif. Images « dévastatrices » « Cet attentat, qui reste un épisode violent et inédit de notre histoire, est désormais utilisé pour tenter de faire oublier la gestion calamiteuse du président. Et cette fois, cela a été plus limpide que jamais », estime Mauricio Santoro, professeur de relations internationales de l’université de l’Etat de Rio de Janeiro. Avant sa dernière hospitalisation, le président avait montré un visage bien plus réjoui sur ses réseaux sociaux : on le voyait rieur, enfourchant un Jet-Ski sur une mer d’un bleu turquoise, sur les plages de l’Etat de Santa Catarina. La même semaine, des pluies diluviennes s’abattaient sur 163 municipalités de l’Etat de Bahia, provoquant 26 morts et 520 blessés. Selon un dernier bilan, 815 597 habitants ont perdu leur maison dans ces inondations, tandis que le président refusait d’interrompre ses vacances pour se rendre sur place. Il vous reste 26.88% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

2022-01-06 16:15:50

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