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Francisco Sionil Jose, grande voix des Philippines, est mort


L’écrivain philippin Francisco Sionil Jose est mort jeudi, à l’âge de 97 ans, dans un hôpital de Manille, juste avant de subir une opération, a indiqué la branche philippine du PEN Club International sur sa page Facebook. Né à Rosales, petite ville de la province de Pangasinan, le 3 décembre 1924, lauréat du prix Pablo Neruda (2004) et chevalier des Arts et Lettres, (2000), il fut l’auteur philippin le plus lu de sa génération. Ecrivant en anglais, il a été traduit en vingt-huit langues dont le français. BREAKING: National Artist for Literature F. Sionil Jose has passed away. https://t.co/WMfHIr0rI6— varsitarianust (@The Varsitarian) Homme tout en rondeurs, chaleureux, à l’ironie mordante et aux éclats de rires sonores, il traversa le siècle écoulé en épousant les espoirs et les désenchantements de son pays : de la résistance à l’occupation japonaise avec la guérilla des Huks (abrégé de Hukbalahap, Armée populaire contre les Japonais formée en mars 1942 par des paysans du centre de l’île de Luçon), à la dictature de Ferdinand Marcos (1972-1986). Puis, ce furent les volées d’espoir du people power revolution qui porta au pouvoir Cory Aquino en 1986 et les amères déceptions qui suivirent. Entretien : Article réservé à nos abonnés « Les Philippines sont un pays fracturé. Seule la mer nous unit » A la reconquête de l’identité d’un peuple colonisé Toute l’œuvre de Francisco Sionil Jose est consacrée à la reconquête de l’identité d’un peuple colonisé par les Espagnols puis par les Américains et, pour finir, trahi par son élite. Un peuple dont la force – et la faiblesse – est d’avoir toujours su rire de lui-même… mais qui est « habité aussi par une endurance chevillée au corps, une grande générosité et un indéfectible donquichottisme » précisait-il. Son enfance avait été difficile. Sa famille, de l’ethnie des Ilocanos, (nord de Luçon), dépouillée de ses terres par des grands propriétaires, migra dans différentes régions de la principale île de l’archipel philippin. Cette adolescence ballottée lui fit découvrir ce qu’étaient la misère et les injustices. Dévorant les écrits de José Rizal, romancier et poète, militant pour l’indépendance du joug espagnol, fusillé en 1896 à l’âge de 35 ans, le jeune Francisco se passionna aussi pour Faulkner et Steinbeck. Après l’université, il commença une carrière de journaliste à Manille et fonda une petite maison d’édition. Romancier, journaliste, homme engagé… Francisco Sionil Jose fut une figure incontournable pour tous ceux qui, artistes, écrivains ou journalistes s’intéressèrent aux Philippines au cours du demi-siècle écoulé. Frankie, comme l’appelaient ses amis, était intarissable sur l’histoire et la culture de son pays. Il recevait dans un minuscule bureau perché en haut d’un escalier en colimaçon au-dessus de la petite librairie, Solidaridad, qu’il avait ouverte en 1965, dans le quartier d’Ermita, au cœur du vieux Manille. Au cours de la dictature des Marcos, Solidaridad était devenue le point de rendez-vous des intellectuels et des politiciens qui y échangeaient des idées autour de la table ronde au premier étage. Tout naturellement, la librairie fut le premier siège du PEN Club philippin, association de défense des auteurs menacés du fait de leurs idées et écrits. Il vous reste 52.94% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

2022-01-06 20:31:00

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