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Embarras en Corée du Sud après le retour d’un réfugié en Corée du Nord


Les autorités sud-coréennes pourraient avoir identifié, lundi 3 janvier, l’homme qui a franchi la zone démilitarisée (DMZ) le Jour de l’an en direction du Nord – un passage qui interroge sur les motivations de l’homme et sur la surveillance de la DMZ. « Il pourrait s’agir d’un individu d’une trentaine d’années, passé au Sud en novembre 2020, par la DMZ dans la province de Gangwon [est du pays] », a fait savoir l’armée. Le réfugié, qui vivait modestement, aurait par la suite été employé dans une entreprise de nettoyage. Il ne serait pas un espion, selon les militaires. Ces derniers n’ont toutefois pas su expliquer la présence de quatre soldats du Nord près de la ligne de démarcation au moment de son passage. Lire aussi Article réservé à nos abonnés En Corée du Sud, la condamnation de « Chrysanthème » illustre l’affrontement autour des réfugiés du Nord Les soldats nord-coréens ont pour consigne de « tirer à vue » en cas de tentative de franchissement de la frontière, lutte contre les défections et prévention du Covid-19 obligent. En septembre 2020, les marins nord-coréens ont abattu, en mer Jaune, un fonctionnaire du ministère sud-coréen des pêches qui tentait de faire défection au Nord. Et à l’arrivée à Kaesong (Nord) d’un transfuge ayant fui le Sud en juin 2020, la Corée du Nord avait bouclé la ville et alerté sur un potentiel risque sanitaire, arguant de l’entrée sur son territoire d’un « cas suspect de Covid-19 ». Au-delà du sort réservé à l’homme reparti le 1er janvier, Séoul s’interroge sur ses motivations. Depuis 2011, une trentaine de réfugiés sont retournés au Nord. Certains auraient été enlevés ou auraient été la cible de chantage d’agents de Pyongyang – le dirigeant Kim Jong-un a appelé ses services à tout mettre en œuvre pour faire revenir au pays les personnes ayant fui. Lire aussi Article réservé à nos abonnés La décennie Kim Jong-un, une ère marquée par les menaces et le repli D’autres ont agi volontairement, souvent en raison de difficultés d’adaptation dans une société sud-coréenne où beaucoup subissent discriminations et précarité. « Je me sens mal à l’aise en Corée du Sud. S’il n’y a pas de respect, l’argent ne sert à rien », déclarait ainsi Kwon Chol-nam, un réfugié en proie à des difficultés professionnelles et soupçonné d’espionnage, au site NK News en 2017. Il avait manifesté pendant des mois pour obtenir le droit de retourner au Nord. Zone difficile à surveiller Une autre source d’embarras pour le Sud concerne la voie choisie par le réfugié. Quelque 33 800 Nord-Coréens sont arrivés au Sud depuis les années 1990. Mais les passages par la DMZ restent rares et périlleux. Ce no man’s land large de 4 kilomètres et s’étendant sur 248 kilomètres de long divise la péninsule depuis la guerre de Corée (1950-1953), interrompue par un simple armistice. Hérissée de barbelés et de miradors, parsemée de champs de mines et placée sous l’étroite surveillance de patrouilles, caméras et capteurs divers, la DMZ concentre plus de 1 million de soldats surarmés, au Nord comme au Sud. Lire notre enquête : Article réservé à nos abonnés A Panmunjom, village de la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées Le Jour de l’an, les systèmes d’alerte ont bien repéré l’homme, mais les militaires sud-coréens de la 22e division d’infanterie n’ont réagi que plusieurs heures plus tard. D’où des questions sur la vigilance des soldats de faction au cœur du rude hiver local. L’affaire rappelle que l’est de la DMZ, plus difficile à surveiller, car montagneux, est la zone enregistrant le plus de passages du Nord au Sud et vice versa. En 2012, un soldat nord-coréen avait franchi les barbelés sans être repéré et avait dû frapper à la porte des baraquements du Sud pour se signaler. En novembre 2020, le transfuge – celui qui serait reparti le Jour de l’an – avait, lui, été retrouvé au Sud un jour après avoir franchi la DMZ, également en passant par-dessus les barbelés. Pour justifier la « facilité » avec laquelle il avait traversé la zone, il s’était alors présenté comme un « gymnaste ». Ces passages se traduisent par des sanctions des généraux de la division d’infanterie, ironiquement baptisée le « cimetière aux étoiles ». Philippe Mesmer(Tokyo, correspondance)

2022-01-04 09:15:07

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