AFRIQUE

Avec Bénin Airlines, Cotonou veut trouver sa place dans le ciel africain – Jeune Afrique


L’exécutif béninois, dirigé par Patrice Talon, a annoncé l’entrée de l’État au capital de Bénin Airlines, transporteur national aux ambitions désormais sous-régionales. Un pari plus qu’audacieux.

Malgré l’incertitude qui plane sur le secteur aérien, certains redoublent d’ambitions. C’est le cas du Bénin, dont l’exécutif a annoncé mi-décembre l’entrée de l’État au capital de Bénin Airlines, compagnie jusqu’ici 100 % privée et n’exploitant que des vols domestiques entre le nord et le sud du pays.
En prenant 30 % du capital, pour un montant non communiqué, le gouvernement de Patrice Talon veut étendre les activités du transporteur national en proposant des vols sous-régionaux. Pour ce faire, il prévoit d’acquérir de nouveaux aéronefs.

Anciennement Air Taxi Bénin, la compagnie est dirigée par Charles Gagnon, ancien député de l’Union progressiste, parti pro-Talon. Le responsable a indiqué à Jeune Afrique que le processus de nomination d’un nouveau conseil d’administration était en cours, sans donner plus de précision. 
Répondre à la demande
Aujourd’hui, les vols de la compagnie béninoise sont surtout empruntés par les diplomates, hommes d’affaires et touristes fortunés souhaitant gagner du temps (par rapport à un trajet en voiture) pour rejoindre les régions de Parakou, Djougou, Save, Natintingou, Kandi, Bohicon ou encore le parc de la Pendjari.
Les tarifs proposés tournent autour de 3 500 000  francs CFA, soit plus de 5 000 euros. Pour assurer ces liaisons régulières, la compagnie exploite uniquement un avion de douze places : le Cessna Caravan 208B.

L’ambition sous-régionale part du constat qu’il y a peu de vols directs pour le Bénin alors même que la demande existe. « Un nombre important de commerçants d’Afrique centrale se rendent au Bénin pour se ravitailler en marchandises, le plus souvent de la friperie », commente un observateur du secteur.
De plus, les prix des billets pour voyager depuis Cotonou vers le reste de l’Afrique et en dehors du continent sont élevés par rapport au revenu moyen par habitant (1 100 euros par habitant et par an, selon la Banque mondiale), ce qui entrave les déplacements. Par exemple, il faut compter au moins 300 euros pour un Cotonou-Abidjan, 200 euros pour un Cotonou-Libreville et 500 euros pour se rendre à Lagos depuis la capitale béninoise, avec notamment Air Côte d’Ivoire, Asky, Mauritanian Airlines et Air Burkina.
Secteur ultra concurrentiel
Malgré ces freins, l’aéroport de Cotonou enregistre environ 7 000 arrivées et départs hebdomadaires, plus de 9 000 en période de pointe, soit plus de 400 000 voyageurs par an vers ou depuis le pays. L’Association du transport aérien international (IATA) prévoit, par ailleurs, que le nombre de passagers devrait doubler d’ici à vingt ans.

Même si plusieurs voyants sont au vert pour le projet béninois, il faut rappeler que la concurrence dans le ciel ouest-africain est déjà rude. Des compagnies issues du continent telles que Camair-Co, Asky, Tunisair d’un côté, Royal Air Maroc et Ethiopian Airlines de l’autre, bénéficient déjà d’un solide réseau pour les premières et d’une large empreinte pour les deux dernières. Sans oublier les concurrents non-africains, dont Air France, Brussel Airlines et même Turkish Airlines, qui se sont, eux aussi, imposés dans la région.
L’histoire aérienne béninoise a avant tout été marquée par la participation du pays, en tant que membre fondateur, à l’aventure Air Afrique, compagnie panafricaine (1961-1989) qui voulait mutualiser les moyens pour assurer aux jeunes nations africaines, tout juste indépendantes, des liaisons aériennes entre leur territoire et l’international.

Après la disparition d’Air Afrique, un pavillon national, baptisé « Afrique Airlines », a bel et bien existé entre 2002 et 2006. Le transporteur, qui opérait essentiellement des vols Paris-Cotonou depuis l’aéroport Cadjehoun à bord d’un Airbus A310-300, n’a toutefois pas réussi à trouver sa place sur le marché.
Modernisation de l’aéroport
L’engagement étatique au capital de Bénin Airlines intervient après l’attribution, en 2019 d’une subvention de 145 milliards de F CFA (220 millions d’euros) de l’État à la Société des aéroports du Bénin pour le financement partiel du programme de rénovation et de modernisation de l’aéroport de Cotonou.

Chiffrés à 360 milliards de F CFA (574 millions d’euros), les travaux, dirigés par la Société des aéroports du Bénin (entité rattachée au ministère des Transports) et gérés par des techniciens du groupe français Aéroport de Paris (ADP), ont débuté il y a presque trois ans. Ils visent à rénover la piste d’atterrissage, étendre le parking, réaménager et étendre l’aérogare mais aussi à renforcer le système d’information pour automatiser le contrôle des voyageurs, la capacité d’accueil de l’infrastructure devant atteindre à terme 1,5 million de passagers par an.


Yara Rizk
2022-01-05 10:48:00

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