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Au Kazakhstan, le président autorise la police à ouvrir le feu sans sommation


Des policiers derrière des barricades dans le centre d’Almaty, le 5 janvier 2022. VLADIMIR TRETYAKOV / AP Depuis dimanche, le Kazakhstan est le théâtre sanglant d’un important soulèvement de la population, déclenché notamment par la hausse des prix du gaz. La répression est encore montée d’un cran, vendredi 7 janvier, quand le président du pays, Kassym-Jomart Tokaïev, a annoncé autoriser les forces de l’ordre à ouvrir le feu « sans avertissement » sur les protestataires. « J’ai donné l’ordre de tirer pour tuer sans avertissement », a déclaré M. Tokaïev lors d’une allocution télévisée, ajoutant que les « terroristes continuent à endommager les biens et à utiliser des armes contre les citoyens ». Le bilan de ces manifestations était déjà lourd jeudi : plusieurs dizaines de personnes ont été tuées, selon des déclarations de la police, plus de mille personnes ont été blessées – parmi lesquelles 62 étaient hospitalisées en soins intensifs – et parmi les forces de l’ordre, 700 policiers ont été blessés et 18 autres sont morts. Lire aussi : Tout comprendre à la crise en quatre questions Dans son allocution, M. Tokaïev a aussi rejeté toute possibilité de négociation avec les protestataires et promis « l’élimination » des « bandits armés ». Il a qualifié d’« absurde » les appels, notamment à l’étranger, de négocier avec les protestataires en vue d’une résolution pacifique de la crise. « Quel genre de négociations peut-on avoir avec des criminels, avec des meurtriers ? Nous avons eu affaire à des bandits armés et entraînés. (…) Il faut les détruire et cela sera fait d’ici peu », a-t-il lancé. Vladimir Poutine, « remerci[é] tout spécialement » Du sang tache les trottoirs du centre d’Almaty, le 6 janvier 2022. ALEXANDER BOGDANOV / AFP Selon lui, la plus grande ville du pays et capitale économique du pays, Almaty, a été attaquée par « 20 000 bandits » avec un « plan clair » et un « haut niveau de préparation au combat ». « L’opération antiterroriste se poursuit, les militants n’ont pas déposé les armes. Ceux qui ne se rendent pas seront éliminés », a encore dit le président kazakh, reconnaissant qu’il « y aura[it] beaucoup de travail à faire pour tirer les leçons de la tragédie ». Un contingent de troupes russes et d’autres pays alliés de Moscou est arrivé jeudi au Kazakhstan pour appuyer le pouvoir en place en protégeant les bâtiments stratégiques et en épaulant les forces de l’ordre. M. Tokaïev a tenu vendredi à « remercier tout spécialement » le président russe, Vladimir Poutine. « Il a répondu très rapidement, et surtout de manière amicale, à mon appel », a-t-il dit. Le gouvernement avait annoncé jeudi avoir plafonné pour six mois le prix de vente des carburants. Cette mesure, détaillée sur le site du premier ministre, visait alors à « stabiliser la situation socio-économique » dans ce pays d’Asie centrale, habitué par le passé à des taux de croissance à deux chiffres. Des protestaires se rassemblent contre la hausse des prix du gaz, à Almaty, le 5 janvier 2022. ABDUAZIZ MADYAROV / AFP Lire aussi Article réservé à nos abonnés En proie au chaos, le Kazakhstan appelle Moscou à l’aide Le Kazakhstan souffre de la baisse des prix du pétrole et de la crise économique en Russie, qui a mené à la dévaluation de sa monnaie, le tenge, et à une forte inflation. La colère avait véritablement été déclenchée en fin de semaine par la hausse des prix du GPL, dans la ville de Janaozen, dans l’ouest du pays, avant de s’étendre à la grande ville régionale d’Aktau, située sur les bords de la mer Caspienne. Le Monde avec AFP

2022-01-07 09:49:18

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