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Au Kazakhstan, la traque des manifestants


Au premier plan, véhicule brûlé lors des manifestations à Almaty, au Kazakhstan, le 9 janvier 2022. MARIYA GORDEYEVA / REUTERS Les autorités kazakhes font peser une chape de plomb sur l’information et multiplient les déclarations contradictoires après les émeutes réprimées dans le sang qui ont eu lieu, ces derniers jours, dans ce pays d’Asie centrale. Une chaîne Telegram contrôlée par le ministère de l’information a publié, dimanche 9 janvier, un premier bilan, sans doute provisoire, de 164 civils tués, dont 103 à Almaty. Plus grande ville du pays, celle-ci a encore résonné tout le week-end de tirs d’armes à feu avec, néanmoins, une intensité décroissante. Seul le chiffre de dix-huit morts parmi les membres des forces de sécurité avait officiellement circulé jusqu’ici. Plus tard, dans la journée dimanche, le ministre de la santé réfutait cependant ce premier bilan qu’il avait lui-même fourni, parlant « d’erreur ». Sans plus de détail. Lire aussi Article réservé à nos abonnés Moscou en position de force au Kazakhstan Samedi, un journaliste de la chaîne de télévision indépendante russe Dojd a affirmé avoir été visé par des coups de feu, alors qu’il filmait des hommes armés tirant sur tous ceux qui tentaient de s’approcher d’une morgue d’Almaty. Le président, Kassym-Jomart Tokaïev, a lui-même publiquement appelé les forces de l’ordre à tirer sans sommation sur les « terroristes entraînés à l’étranger », avant de dénoncer, lundi, « une tentative de coup d’Etat » et d’assurer que ses « forces ne tireraient jamais sur des manifestants pacifiques ». Quelques heures plus tôt, la police a annoncé, dans un communiqué l’arrestation de « 7 939 individus détenus par les organes [du ministère] de l’Intérieur ». Le pouvoir kazakh tisse un lien entre les violences et l’ancien patron des services de sécurité Karim Massimov, arrêté jeudi pour « haute trahison ». « Le clan Tokaïev tente de lui faire porter le chapeau pour la vague de protestation », assure au Monde Temur Umarov, spécialiste de l’Asie centrale au centre Carnegie de Moscou. D’ethnie ouïgoure, M. Massimov était jusqu’ici un poids lourd de la politique kazakhe, considéré comme absolument loyal à l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev. Lire aussi L’indépendance sacrifiée du Kazakhstan Foyer de violence Il ne fait plus guère de doute que les manifestants pacifiques de la contestation qui a débuté le 2 janvier ont été rapidement débordés par des bandes plus ou moins organisées semant le chaos dans une dizaine de villes du pays. Mais qui sont ces émeutiers et ces pillards ? La question divise encore les observateurs dans un contexte où la circulation de l’information est considérablement bridée par les autorités. Internet est resté plusieurs jours coupé, tout comme les communications mobiles ou fixes, en particulier dans ce foyer de violence qu’est devenu Almaty. Lundi, les autorités ont annoncé le rétablissement d’Internet dans la ville toujours cernée par des postes de contrôle tenus par l’armée et la police. Plusieurs journalistes et blogueurs kazakhs ayant couvert les manifestations ont été interpellés ces dernières heures et traduits immédiatement en justice. Il vous reste 51.35% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

2022-01-10 09:48:20

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